Le dessin ci-contre montre un bison mort, couché sur le sol du Périgord noir. De son ventre sortent ses entrailles ; elles sont intactes. A coté de l’animal, un homme est allongé raide. Près de lui,un baton surmonté d’un corps d’oiseau.
Cet extraordinaire document, tracé sur les parois d’une grotte préhistorique 17 500 ans avant notre ére,est une des premières représentations de l’homme dans l’histoire de l’humanité. Il représente aussi une transe hypnotique.le bison a été tué par les chasseurs de la tribu. le chaman, sorcier-guerisseur du clan, intervient après la m ise à mort de l’animal ; il est allongé à coté du bovidé. La présence de son baton rituel, surmontéd’une représentation animale, atteste de sa fonction. Ànotre époque, chez les peuples pratiquant le chamanisme, ce meme baton symbolique représente le plus souvent une tete d’oiseau. Le sorcier a d’abord ouvert délicatement le ventre du bison pour dégager les entrailles et les répandre, intactes, sur le sol. Il a ensuite effectué un travail de concentration particulier, destiné à modifier son état de conscience, pour déclencher une transe. Le chaman git à terre, les quatres membres raides, dansune sorte de mort magique qui n’enest pas une, car le coté bien vivant du personnage est évoqué par son sexe en érection.Il est le célébrant d’ une cérémonie que nous connaissons bien pour l’avoir observée chez des chamans de Sibérie ou d’Amérique, qui a pour but, par l’entremisede la transe, d’harmoniser les rapports à l’intérieur du groupe humain auquel il appartient. Il favorise ainsi les rapports du groupe avec les éléments menaçants de la nature environnante.
Depuis l’aube des temps, l’homme emploie tous les moyens facilitant son adaptation au milieu naturel, permettant l’amélioration de son état de santé, ou de la diminution de ses souffrances physiques et morales. La transe est un de ces moyens. On retrouve les traces de son utilisation dans toutes les sociétés humaines. L’observation des derniers peuples, dits primitifs, qui essayent de survivre sur notre planète,donne une idée sur la manière dont se soignaient les hommes de la préhistoire. Ayant eu le privilège de séjourner chez les inuits du Grand Nord Canadien,les Jivaros d’Amazonie et les aborigènes d’Australie, nous avons pu constater des similitudes dans leurs différentes techniques d’induction. Leurs chamans utilisentdes moyens variés qui aboutissent toujours à une transe à action thérapeutique. Ce véritable état d’hypnotique, observable sur les sorciers et sur certains participants aux cérémonies, est déclenché par des chants, des incantations,des danses, l’emploide parfums, de stimulations kinesthésiques variées allant de la caresse à la douleur. Dans tous les cas on note une croyance infinie du chaman en ses pouvoirs et une foi illimitée des participants sur les possibilitésde leur sorcier. Sous des apparences multiples, ces pratiques hypnotiques sont pratiquées depuis toujours, sur tous les continents. Cette anecdote l’illustre bien. En 1845, le chef arabe Abd el Kader assista en france à un spectacle d’ hypnose.À la fin de la représentation, le héro algérien indiqua que ce qu’il venait de voir correspondait exactement au travail de guérisseur du marabout, médecin sorcier d’afrique du N ord. À notre époque, nous retrouvons des traits simplifiés de ces pratiques médicales primitives chez certains guérisseurs de nos villes ou de nos campagnes. Rebouteux, sanaires, barreurs de feu, magnetiseurs, dé compteurs de verrues, sont les héritiers d’une tradition vieille de plusieurs millénaires, fondée sur l’utilisation de moyens particuliers qui permettent d’induire une transe à action thérapeutique.
L'Extrême-Orient
Nous tournons notre regard d'historien vers l'ExtrêmeOrient, nous voyons que les anciens Chinois connaissaient et utilisaient la transe hypnotique sous différentes formes. Ils appliquaient une médecine particulière, basée sur une conception énergétique de l'homme. Le Qi, énergie primordiale, circule dans tout l'univers et aussi à l'intérieur du corps de l'homme. Lorsque sa circulation est harmonieuse, l'homme connaît un état de bonne santé. Lorsque son écoulement est bloqué, sur un des canaux de circulation du corps que l'on nomme méridien, des désordres apparaissent, pouvant aboutir à des troubles de fonctionnement des organes et à la maladie. Tout l'art du médecin chinois consiste à remettre en circulation ces flux d'énergie, temporairement bloqués. Pour cela, il dispose, du Qi Gong, qui consiste à faire effectuer au patient de lents mouvements de gymnastique. Avant de réaliser ce mouvement, le patient doit le visualiser; la pensée doit précéder l'action. Pratiquant cette gymnastique depuis de nombreuses années, nous avons pu constater que ces exercices déclenchent une modification de l'état de conscience et produisent des sensations identiques à celles éprouvées lors de la transe hypnotique. Cette gymnastique millénaire utilise un phénomène idéo-moteur que vous connaissez pour l'avoir étudié dans les chapitres de ce manuel consacrés à la catalepsie et à la lévitation de la main.
La transe hypnotique était utilisée par les sages de l'Antiquité extrême-orientale ; dans un de ses écrits, Confucius nous décrit un état caractéristique de transe: lors d'une visite au philosophe Lao-Tseu, il trouva le vieux sage assis, le corps raidi comme du bois mort, le regard privé de vie et la respiration suspendue - lorsqu'il revint à un état de conscience normale, LaoTseu dit à son élève visiteur: «J'étais parti m'ébattre à l'origine des choses. Nous n'en concluons pas que Lao-Tseu pratiquait la régression en âge, mais...
La transe est toujours utilisée dans les religions bouddhiques et tadistes comme facteur favorisant la concentration et la méditation. Les derviches musulmans en font le même emploi.
2000 ans av J.C.
Pour les Égyptiens de la haute Antiquité, le principe vital universel se nommait le Ka. Il assurait la liaison entre les âmes des vivants et des morts, et les prêtres possédaient l'art ou la magie de l'utiliser lors de cérémonies où la transe occupait la place primordiale. Dans cet état de conscience particulier, ils intervenaient en tant qu'oracles, inscrivant en écriture automatique les messages qu'ils disaient recevoir de l'au-delà. Vous avez appris que l'écriture automatique est un phénomène propre à l'hypnose et vous pourrez, dans certains cas, l'utiliser comme complément thérapeutique.
500 ans av J.C.
A Delphes, dans le temple d'Apollon, la Pythie exerçait ses talents prémonitoires dans un état de somnambulisme comparable en tous points à la transe profonde décrite par Puységur vingt siècles plus tard. La transe était favorisée par l'absorption de boissons hallucinogènes, précédée d'une période de jeûne et par la participation de la devineresse à une cérémonie religieuse éclatante de sonorités, haute en couleurs et riche de mille parfums. La vierge émettait ses oracles sous forme de cris variés dont l'interprétation était confiée à des prêtres, en état d'hypnose eux aussi, qui informaient la foule des fidèles des décisions de l'Olympe. Nous retrouvons ce type de cérémonies, à notre époque, au Brésil, dans les rites syncrétiques de Macumba ou de Candomblé.
0 - 33 après J.C.
Les Évangiles, ainsi que les autres textes du Nouveau et de l'Ancien Testament, fourmillent d'exemples qui montrent une stratégie, un côté utilisationnel, une approche qui rappellent certains côtés techniques de la Nouvelle Hypnose. L'utilisation de la métaphore, sous forme de paraboles, en est l'exemple le plus classique.