Au Xeme siècle, le paysage de la vieille Europe s'enrichit du jaillissement des cathédrales gothiques. Chartres est une des plus harmonieuses. Dans sa nef on peut observer encore de nos jours le dessin d'un labyrinthe, tracé dans un cercle de quatorze mètres de diamètre. Au Moyen Âge, les pèlerins parcouraient ce chemin tortueux, à genoux, en priant; ils atteignaient le centre du labyrinthe dans un véritable état de transe hypnotique, après une heure de pérégrination. Quel prodige avait pu induire cette transe?
Notre connaissance actuelle des phénomènes hypnotiques nous permet d'expliquer ce type d'induction. Le tracé du labyrinthe imposait aux fidèles de fréquents changements d'orientation à quatre-vingt-dix ou cent quatre vingts degrés; ces virages modifiaient les informations auditives et visuelles perçues par le pèlerin. Dans l'environnement sonore et lumineux particulier de cette cathédrale, ces modifications entraînaient une excitation neurosensorielle importante. Celle-ci, augmentant au fil des minutes, nourrie des parfums d'encens et des stimuli kinesthésiques liés à la progression sur les genoux, aboutissait à un état de transe qui favorisait la prière mystique ou la contemplation extatique.
1493
Naissance de Theophrast Bombast von Hohenheim. Ce médecin suisse, plus connu sous le pseudonyme de Paracelse, joue un rôle considérable dans l'histoire de la médecine, de la philosophie et aussi de la transe hypnotique. Érudit et grand voyageur, il se consacre à l'étude des phénomènes qui pourraient expliquer la vie et la pensée. Menant une vie d'errance, il va puiser à toutes les sources et s'imprégner de multiples apports culturels. Il effectuera ensuite un travail synthétique, basé sur une approche intuitive, qui aboutira à une nouvelle conception de l'homme, des maladies et des moyens de lutter contre ces dernières. Il a perçu l'importance du psychisme sur le physique et peut être considéré comme le précurseur des psychothérapeutes. Sa théorie rejoint les conceptions énergétiques chinoises et égyptiennes: il décrit un fluide qui circule dans les trois parties de l'univers (les mondes inférieur, astral et divin), et dans les trois parties correspondantes de l'homme (corps, esprit, âme). La mauvaise circulation de ce fluide entraîne la maladie; l'utilisation d'aimants permet d'harmoniser cette circulation défectueuse et de ramener l'état de bonne santé. Cette idée va influencer de nombreux médecins et notamment un Souabe que nous allons découvrir dans deux petits siècles.
2000 ans av J.C.
Pour les Égyptiens de la haute Antiquité, le principe vital universel se nommait le Ka. Il assurait la liaison entre les âmes des vivants et des morts, et les prêtres possédaient l'art ou la magie de l'utiliser lors de cérémonies où la transe occupait la place primordiale. Dans cet état de conscience particulier, ils intervenaient en tant qu'oracles, inscrivant en écriture automatique les messages qu'ils disaient recevoir de l'au-delà. Vous avez appris que l'écriture automatique est un phénomène propre à l'hypnose et vous pourrez, dans certains cas, l'utiliser comme complément thérapeutique.
1646
Dans son ouvrage, Ars magna lucis et umbrae, le Père jésuite Athanase Kircher décrit ce qu'il nomme une merveilleuse expérience: après avoir lié les pattes d'un coq, il le saisit, le retourne brusquement et lui maintient le regard fixé sur une ligne tracée sur le sol. L'animal se raidit et ne bouge plus même lorsque ses pattes sont déliées. Cette expérience d'hypnose animale qui aboutit à une rigidité complète va avoir un grand succès et nombreuses sont les personnes qui l'expérimenteront. De nos jours, dans nos campagnes françaises, certains paysans savent employer cette technique pour calmer leurs volailles.
1670
Le Renard et les Poulets d'Inde. C'est le titre d'une fable de La Fontaine, moins connue que La Cigale et la Fourmi et qui décrit une véritable séance d'hypnose collective, avec tous les ingrédients que vous avez appris à manier dans les pages précédentes. Nous vous engageons à étudier dans votre fablier cette page intéressante du plus célèbre de nos fabulistes, et notamment la manière employée par le renard pour induire le lâcher-prise chez les dindons.
1734
Le 23 mai 1734 en Souabe, au bord du lac de Constance, naît Franz Anton Mesmer. à seize ans il s'occupe de thèologie puis de philosophie. Il obtient le titre de docteur en philosophie en 1759, à l âge de 25 ans. Il s'intèresse parallèlement, et en cachette, à l astrologie, à l'alchimie et à l'occultisme qui sont alors des sciences interdites. Il se rend ensuite à Vienne ou il entreprend des ètudes de droit et de mèdecine. Il obtient son diplÙme de docteur en mèdecine le 27 mai 1766. Sa thèse, De Planetarum Influxum in Corpus Humanum, reprend les grandes idèes de Paracelse concernant l existence d'un fluide èmis par les planètes, circulant dans l'espace et influençant le fonctionnement des organes de l'homme. Sa carrière de mèdecin fourmille d'anecdotes que nous ne rapporterons pas dans ce court rappel; nous vous conseillons de les dècouvrir à partir de la bibliographie que nous vous soumettons en fin d ouvrage. Nous vous indiquons par contre la technique d'induction du plus cèlèbre de vos prèdècesseurs dans la carrière d'hypnothèrapeute:
Le cèlèbre magnètiseur commença sa carrière en employant des aimants qu'il faisait glisser sur le corps de ses patients. Il remplaça rapidement cette induction par les passes magnètiques. Celles-ci consistaient en des attouchements, alternativement lègers ou appuyès de certaines zones privilègièes du corps. Les parties concernèes ètaient le front, la nuque, les èpaules, les poignets, la racine des pouces, la règion pelvienne, les cuisses et les chevilles. La stimulation patiente de ces endroits, pendant plus d'une heure souvent, dèclenchait une crise convulsive aux vertus thèrapeutiques selon Mesmer. Ce dernier complèta sa mise en scène par l'introduction d'un baquet, rempli de plusieurs dizaines de bouteilles contenant de l'eau magnètisèe. Du baquet sortaient des tiges mètalliques au bout desquelles ètaient accrochèes des ficelles. Les patients s'installaient autour de ce meuble et saisissaient un bout de ficelle. Mesmer ou ses assistants passaient autour d'eux pour effectuer leur travail de magnètiseur. Ils effectuaient ainsi des sèances collectives, au son d'un orchestre de chambre qui constituait un èlèment inducteur de transe supplèmentaire.
Mesmer publie son Mèmoire sur la dècouverte du magnètisme animal qui influença grand nombre de thèrapeutes pendant près de deux siècles. Il fonde une association, La Loge d'Harmonie, chargèe de transmettre l'enseignement du magnètisme; Benjamin Franklin et George Washington assistent à des sèances de cette acadèmie particulière. De retour en Amèrique, ils seront les initiateurs d'un mouvement de magnètiseurs que nous retrouverons plus tard. Un aristocrate, le marquis Armand de Puysègur, compte parmi les plus fidèles disciples.
1784
Mesmer a atteint son apogée. Il est riche, célèbre et jalousé. Malgré ses efforts, il n'a pas réussi à faire admettre ses idées par ses pairs et à faire reconnaître le magnétisme comme science. Pire, un rapport demandé par l'Académie des sciences et rédigé par Bailly est remis le 11 août 1784: il condamne sans réserve le magnétisme, indiquant que le spectacle des crises est dangereux, porte à l'imitation et que, par conséquent, tout traitement public ou les moyens du magnétisme seront employés ne peut avoir que des effets funestes. Cinq jours plus tard un deuxième rapport, rédigé par Jussieu à la demande de l' Académie royale de médecine, émet les mêmes conclusions. Ces deux attaques, survenant dans un contexte de problèmes relationnels, découragent Mesmer qui se retire dans ses terres de l'autre côté du Rhin. Il à terminera sa vie dans une retraite paisible.
Le magnétisme qui semblait condamné après la publication des deux rapports, va continuer à se développer malgré le départ du Maître. En effet, au rapport Bailly avait été jointe une note confidentielle, destinée à Sa Majesté, qui décrivait les désordres des sens exprimés par les femmes magnétisées. Cet appendice, éroticosensuel, eut un grand succès et relança l'intérêt pour le magnétisme et les magnétiseurs.